Conférence de Jean-Pierre Raffarin et Bernard Landry, un succès sur toute la ligne!

L’espace économique franco-québécois à l’aube de l’accord de libre-échange Canada/Communauté européenne.

Le 21 janvier dernier, le président de la CCFC Québec, M. Guy Chabot, et la Consule générale de France à Québec, Mme Hélène Le Gal, accueillaient au Hilton Québec messieurs Jean-Pierre Raffarin et Bernard Landry qui ont entretenu, à guichet fermé, les 140 personnes présentes sur de grands sujets de l’actualité économique touchant la France et le Québec. Un évènement présenté par la firme JoliCoeur Lacasse Avocats et l’Université Laval avec la collaboration de la Société des relations internationales de Québec et TVA Québec.

Le tenue de cette conférence coïncidait également avec le second séjour de M. Raffarin depuis le mois d’octobre dernier en tant que professeur invité à l’ÉNAP pour la dispensation du cours intitulé Leadership, management et politique.

L’animation de la conférence a été assurée de main de maître par Me François Xavier Simard de la firme JoliCoeur Lacasse Avocats.  Ce dernier a invité les deux anciens Premiers ministres à partager à tour de rôle leur regard sur quatre grands thèmes auxquels sont confrontées les sociétés québécois et françaises :

  • La crise financière
  • La main d’oeuvre
  • La population active, le vieillissement de la population et la retraite
  • L’accord de libre échange Canada – Union européenne

À la question lancée par Me Simard : « Messieurs, êtes-vous prêts » ? , les deux conférenciers qui se connaissent depuis quelques décennies ont répondu du tac au tac et sur une note humoristique qui leur est propre :

– Jean-Pierre Raffarin : « Non ! »

– Bernard Landry : « Ça fait 40 ans que je suis prêt ! »

– François-Xavier Simard: « De là, le dilemme québécois. Non, je suis prêt. »

La CCFC Québec vous une brève synthèse des points de vue exposés par nos deux conférenciers invités qui ont marqué la vie politique de la France et du Québec.

Thème 1 : La crise financière

Comment la crise financière mondiale a t-elle été vécue en France et au Québec et quelles solutions y ont été apportées de part et d’autres de l’Atlantique?

Les deux conférenciers se sont entendus sur les origines « américaines » de la crise. Jean-Pierre Raffarin observe que, après l’ère de l’État providence et l’ère de la déréglementation, la France assiste à un retour de l’État dans la régulation des marchés économiques et financiers, et ce sous l’impulsion du président Sarkosy . Pour Bernard Landry, l’échec du communisme et l’effondrement du bloc soviétique a laissé penser que l’économie de marché était la clé et résoudrait tous les problèmes. La crise financière a mis en évidence les failles de ce capitalisme à outrance basé sur la finance et non sur l’industriel. À son sens, une correction de ce modèle économique doit s’opérer.

Thème 2 : La main-d’œuvre

Face aux économies émergeantes, les économies occidentales performantes qui connaissent de vifs succès investissent dans l’économie du savoir et de la haute technologie appliquée. Avec le vieillissement de la population, la main-d’œuvre française et québécoise sera t-elle en mesure de suivre la croissance anticipée du secteur tertiaire moteur? En quoi les récentes ententes France-Québec sur la reconnaissance mutuelle des qualifications professionnelles seront-elles bénéfiques pour les employeurs québécoise et français?

Faisant référence aux corporations professionnelles, Bernard Landry a affirmé que le protectionnisme corporatiste constitue un frein majeur qui n’a plus sa raison d’être dans le contexte québécois actuel. « Je peux comprendre qu’une mise à niveau soit nécessaire pour un architecte, un ingénieur, un avocat… les lois et les normes ne sont pas les même d’un pays à l’autre. Mais pour un médecin, bon sens… le corps humain est le même partout sur la planète ! »

M. Landry a également partagé avec l’auditoire son inquiétude quant au vieillissement de la population québécoise. Dans ce contexte, le Québec doit accueillir, entre autres, de nouveaux français. Il n’a pas manqué l’occasion de souligner que le Québec aurait avantage à s’inspirer de l’expérience française au chapitre de sa productivité. Aussi, à l’instar des efforts déployés depuis la début de la Révolution tranquille, le Québec doit également miser sur l’éducation.

Pour Jean Pierre Raffarin il est évident aussi que l’éducation est la clef du succès d’une société.  Grand connaisseur de l’Asie, il a enchéri en disant que les économies émergeantes misent déjà sur l’éducation de leur population, en citant la Chine en exemple. Et pour M. Raffarin, les français sont certes plus productifs comparativement aux québécois, mais en revanche, ils ne travaillent pas assez pour créer la richesse requise afin supporter développer leur modèle social.

Thème 3 : La population active et la retraite

L’allongement de l’espérance de vie et l’arrivée progressive des baby-boomers à la retraite exerce déjà une pression énorme sur les régimes de pension publics et privés et sur le fardeau fiscal des entreprises et de la population active. Quelles solutions la France et le Québec proposent-ils pour résoudre cet épineux problème?

Les deux conférenciers sont revenus, en d’autres termes, sur l’importance qu’ils accordent à l’éducation et de l’accroissement de la productivité. Pour Jean-Pierre Raffarin, la réforme de la retraite mise en place récemment en France allait de soi en raison de l’effet combiné du vieillissement de la population et de l’allongement de l’espérance de vie. « Une fille sur deux qui naît aujourd’hui vivra plus de cent ans! »

À cela, Bernard Landry a rétorqué avec une pointe d’ironie en affirmant que si la France avait eu la même natalité que celle qu’a connu le Québec, il y aurait aujourd’hui autant de Français que de Chinois !

En revenant sur la question de la productivité, Jean-Pierre Raffarin a partagé une anecdote lors d’un échange qu’il a eu avec un collègue chinois qui lui aurait dit: « vous travaillez 35 heures par semaine? Chez-nous, c’est le nombre d’heures hebdomadaires de sommeil! ».

Thème 4 : L’accord de libre échange Canada/Union européenne

Sous l’égide de deux supra structures que représentent le Canada et l’Union européenne, cet accord de libre échange façonnera indubitablement les relations entre la France et le Québec (libre circulation des personnes, des capitaux, des marchandises et de la propriété intellectuelle). L’accord de libre échange constituera t-il une opportunité de croissance ou une menace de dilution de la coopération économique franco-québécoise? À quoi les entrepreneurs québécois et français peuvent-ils s’attendre concrètement de cette entente historique sans précédant?

Les deux conférenciers anticipent les retombées de l’accord de libre-échange Canada/Union européenne avec beaucoup d’optimisme. Dans ce nouveau contexte, les perspectives de développement de la coopération franco-québécoise leur semble des plus prometteuses. Rappelant quelques jalons historiques et faisant preuve d’une érudition exemplaire, Bernard Landry a affirmé que le libre-échange est un incontournable et une nécessité puis qu’il il est inscrit dans le code génétique québécois. Pour Jean-Pierre Raffarin, il s’agit d’une suite logique et complémentaire à l’accord conclu entre la France et le Mexique.

Quelques questions de l’auditoire…

Si vous étiez premier ministre aujourd’hui, quel geste poseriez-vous en priorité ?

Jean-Pierre Raffarin : L’implantation d’une TVA sur les produits importés pour favoriser la production françaises. S’assurer que les entreprises qui bénéficient d’allègements de charges, dynamisent l’alternance des jeunes entre l’école et le monde du travail.

Bernard Landry : Assurer au Québec plus d’autonomie en matière de fiscalité, de législation et de conclusion d’accords internationaux.

Y a t-il des mesures que la France et le Québec pourraient mettre de l’avant afin de supporter les employeurs à faciliter l’intégration des travailleurs/travailleuses étrangers/étrangères au sein des entreprises françaises et québécoises ?

Jean-Pierre Raffarin : La France a encore beaucoup de chemin à faire à ce sujet. Le flux migratoire du Québec vers la France est marginal.

Bernard Landry : Un incontournable si le Québec veut accueillir et garder davantage de travailleurs issus de l’immigration et faire face à la problématique démographie/main-d’œuvre.

Que pensez-vous de la dette publique de nos sociétés?:

En réponse à cette question, MM Raffarin et Landry étaient d’accord sur le fait que les décideurs doivent impérativement maîtriser les déficits publics et contrôler le niveau de la dette. Dans les deux sociétés, cette dernière a considérablement augmenté au cours des dernières décennies alors que la charge de la dette est, quant à elle, demeurée relativement stable. À cet égard, les taux d’intérêts constituent un enjeu majeur face aux emprunts de l’État.

La CCFC Québec a su offrir à ses membres et à la communauté d’affaires franco-québécoise régionale un événement qui s’est une fois de plus distingué par la qualité de son contenu, le prestige de ses conférenciers et par la formule proposée. La série « Regards croisés… » fait maintenant la marque distinctive de la CCFC Québec.


Crédits photos:  www.xdphoto.com

La CCFC Québec vous invite à consulter les Carnets de Christian Amauger où sont répertoriés quelques articles sur le même sujet.

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2 réflexions sur “Conférence de Jean-Pierre Raffarin et Bernard Landry, un succès sur toute la ligne!

  1. Pingback: Retours sur la conférence de Jean-Pierre Raffarin et Bernard Landry | Carnets de Christian Amauger - Stratège Web

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